Revue Ouvertures volume 2, octobre 2014
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Ouvertures

Revue de philosophie, théologie et psychanalyse

31/10/2014

ISSN 2291-8116

 

 

 

 

Revue Ouvertures volume 2, octobre 2014

 

 

Présentation du numéro 2 de la revue "ouvertures" champs psychanalytique

Jean-Pierre Journet

 

Comment l'écoute et la parole d'un psychanalyste hors cure peuvent contribuer à traiter la douleur.

Marie-Frédérique Doineau

  

Prendre soin psychiquement.

Eva Talineau

Résumé: Dans les controverses qui opposent aujourd'hui dans les lieux de soin d'une part les tenants des diverses thérapies qui se disent efficaces et scientifiques, et d'autre part les défenseurs "humanistes" de la psychanalyse revient fréquemment une thématique : les thérapies agiraient dans l'actuel, la psychanalyse explorerait le passé. Cet article s'inscrit dans une autre perspective. Tant les thérapies que la psychanalyse s'adressent au patient en tant qu'il est intéressé à son avenir et décidé à y faire acte. Les thérapies s'adressent à ce qui dans le patient est éducable, mais l'acte du patient d'y avoir recours montre bien que même s'il s'y présente parfois comme un objet qui dysfonctionne et qu'il vient faire réparer, c'est comme sujet qui souhaite pour lui-même un meilleur avenir, et qui est prêt à saisir les médiations qui se présentent, qu'il y a recours. Et cela peut déjà avoir des effets bénéfiques qu'au lieu de procrastiner ou fantasmer seul, il soutienne son désir - d'aller mieux, de changer - devant un tiers qu'il crédite de pouvoir lui transmettre du possible. Il arrive que cette démarche suffise. Mais parfois - pas toujours - la difficulté qui pousse à consulter n'est pas le vrai champ de bataille, mais un signal, où depuis l'Inconscient se fait entendre que quelque chose qui est en impasse, cherche à se frayer un chemin. C'est là où la psychanalyse a toute sa place - non pas juste "déchiffrer" ce qui essaye de se faire entendre (même si aussi) - mais surtout accompagner le patient dans le travail de dénouer les empêchements et conflits de loyauté (dont au début du traitement le patient ignore même l'existence) dont ce seul poteau indicateur, le symptôme, indique la présence en lui. Deux exemples cliniques illustrent ce dont il s'agit.

Abstact : Today, the controversy within the therapeutic community opposing the proponents of various therapies claiming to be effective and scientific, on the one hand, and the "humanistic" advocates of psychoanalysis on the other, often focuses on the notion that these various therapies deal with the present, while psychoanalysis explores the past. The present article offers a different perspective. Psychoanalysis, as welle as other therapies, are all intended for patients who are concerned with their future and are determinated to play a role in shaping it. Therapies work with that is amenable to change in the patient, but the fact that the latter seeks therapy clearly shows that even through he may present himself as a dysfunctional object to be repairedin therapy, he requests therapy as a subject who desires a better future and who is ready to profit from a transformative process. The mere fact of testifying to his desire to feel better and to change, before another person whom he credits with the capacity of opening possibilities for him, instead of procastinating or fantasizing on his own, can produce beneficial effects. In some cases, this undertaking is sufficient. But sometimes - not always - the problem which impels the patient to seek therapy is not the veritable difficulty to be resolved, but only a sign from the unconscious that something left ins suspense is asking to be heard. It is in these cases that psychoanalysis ca play a decisive role - not only in "deciphering" that which tries to be heard (although it does that), but above all in accompanaying the patient in the process of dealing with the obstacles and divided loyalties (of which he is unaware at the start of treatment) indicated by the symptom alone. Two clinical examples are provided to illustrate this process

 

Diagnostics: Différends? Ciel!

Jean-Jacques Pinto

Résumé: Cet article, qui se veut lisible aux non-analystes, se propose de parcourir en quatre temps la problématique offerte à notre réflexion : deux temps (de rang impair) d'analyse de l'argument qui en fournit le contexte, et deux (de rang pair) de propositions présentant nos vues sur ce que pourrait être la teneur du discours analytique dans les prochaines années. Après cette introduction, un premier parcours réexaminera point par point mais informellement l'argument de J.-P. Journet en montrant que chacune de ses propositions peut donner lieu à un commentaire “bifide” à même de servir ou de desservir le discours analytique. D'où l'intérêt du “diagnostic différentiel” évoqué dans notre titre, qui fait entrevoir les pièges que l'homonymie peut tendre à ce discours.Puis, pour préparer un second balayage qui ne s'en tienne ni à la doxa analytique, ni aux opinions même autorisées de nos ténors et seniors, il sera proposé deux tentatives de redéfinitions (“apophatique” et “récursive”) de ce qu'est l'analyse, ainsi que des outils méthodologiques fonctionnant en aval de ces redéfinitions pour déjouer les embûches de l'homonymie “externe” et “interne” (à partir d'un syllogisme pouvant faire consensus). Le troisième temps sera fait justement de ce second balayage de la problématique, dont les éléments seront reconsidérés et analysés plus méthodiquement : “diagnostic différentiel externe” entre le discours analytique et les discours psychologique, philosophique, sociologique et celui de la science moderne ; et “diagnostic différentiel interne” portant sur l'intrication entre avancées théoriques des analystes et survivance à répétition d'éléments fantasmatiques...Enfin une quatrième partie exposera propositions et perspectives résultant de ces analyses (principe d'économie quant à la source des théorisations analytiques ; dialogue avec les autres champs, mais sans compromissions ; relations spécifiques avec le discours de la science), l'ensemble débouchant sur une invitation, au delà des différends, à renouveler sur certains points la teneur du discours analytique...

Abstract: This article, which can be read by non-psychoanalysts, intends to browse in four stages through the issue offered to our thinking : two (odd-numbered) stages analyzing the argument that provides its context, and two (even-numbered) of propositions presenting our views on what could be the content of the analytic discourse in the coming years. After this introduction, a first reading will point by point but informally review the argument of J.-P. Journet by showing that each of its clauses may generate a “bifurcated” comment able to serve or go against the analytic discourse. Hence the interest of the “differential diagnosis” mentioned in our title, which makes glimpse the traps that the homonymy may set to this speech. Then, to prepare a second scan which sticks neither to the analytical doxa, nor to the even authoritative opinions of our tenors and seniors, it will be proposed two attempts at redefinitions (“apophatic” and “recursive”) of what psychoanalysis is, as well as methodological tools operating downstream from these redefinitions to thwart the obstacles of “external” and “internal” homonymy (starting from a syllogism which can make consensus).The third stage will precisely be made of our second scan of the issue, whose elements will be reviewed and analyzed more methodically :“external differential diagnosis” between the analytic discourse and psychology, philosophy, sociology, and modern science, and “internal differential diagnosis” on the entanglement between theoretical advances of psychoanalysts and the repeated survival of fantasmatic elements...Finally, a fourth part will present propositions and perspectives resulting from these analysis (principle of economy as to the source of psychoanalytical theorizations; dialogue with the other fields, but without compromising; specific relations with the discourse of science), all this leading to an invitation, beyond disputes, to renew the content of the analytic discourse on some points, ...

 

Présentation de la section philosophie: Étonnement émerveillement et trajectoires. D'un horizon à l'autre.

Sebastien Falardeau

 

Responding to the Call of Philosophy: Hellenistic Moral Philosophy as an Art of Living.

Tia Jamir

Abstract: Philosophy is not about a body of inflexible truths, but a way of life. In this brief essay, a way of life as minted by the ancient Western philosophers, in particular the Hellenistic philosophers, with echoes from the voices of Foucault and Hadot are examined.  As it turns out, the chief reason for studying philosophy is not a desire to know more about the world, but a profound sense of dissatisfaction with the state in which one finds oneself at a given moment. Philosophy at its best offers a way to live with human suffering, pain, grief, and our evolving desires. This way is the path of living through self-transformation.

Résumé: La philosophie n'est pas un ensemble de vérités rigides mais plutôt un mode de vie. Dans ce court essai, nous allons nous pencher sur une façon de vivre telle que proposée par les anciens philosophes occidentaux, en particulier les philosophes grecs, en écoutant aussi, en arrière fond, les voix de Foucault et de Hadot. En réalité, la raison majeure pour se lancer dans l'étude de la philosophie ne résulte pas tellement du désir d'en connaître davantage sur le monde comme du sentiment de profonde insatisfaction où l'être se trouve à un moment donné de sa vie. Au mieux, la philosophie nous offre une façon de vivre au milieu de la souffrance humaine, de nos peines, de nos exigences et de nos désirs en constante évolution: la façon de vivre à travers une transformation personnelle.

 

Self reliance not counseling- a contemporary perspective on practical philosophy ans its relationship with the individual.

Gerald Rochelle

Abstract: In recent years the strongest influence in practical philosophy has been the concept of the practical philosopher as counsellor. I believe this not only mis-directs the individual who might see practical philosophy as a useful contribution to everyday life, but greatly underrates the importance and potential of practical philosophy in general. A meaningful life, freed to act on informed choices and founded on broadly Epicurean principles, can enable the individual to attain a satisfactory, fulfilling, and rewarding life without interference from the structured process borne of the psychoanalytical method. Together with an appreciation of metaphysical place and realized through self reliance and the bond of companionable friendship, practical philosophy in this way can make a significant contribution to those who seek a more rewarding and purposeful life and who would not generally consider themselves clients of the counsellor.

Résumé : La vision de la philosophie pratique qui a eu le plus d'influence ces dernières années est celle du philosophe comme conseiller. Non seulement cette vue égare l'individu qui considère la philosophie pratique comme utile à la vie quotidienne, mais encore elle minimise l'importance et la portée de la philosophie pratique en général. Une vie pleine de sens, en laquelle l'individu est libre d'agir selon des choix fondés sur des principes plus ou moins Epicuriens dans le large sens du terme, peut aider l'individu à accéder a une vie examinée qui soit satisfaisante, plaisante sans l'intervention du procédé structuré de la méthode psychanalytique. En permettant de comprendre la place métaphysique que l'individu occupe, et, de par la réalisation de l'autonomie personnelle ainsi que l'union de l'amitié plaisante, la philosophie pratique peut contribuer d'une façon prépondérante à ceux qui, quoiqu' en quête d'une vie plus satisfaisante et résolue, ne se considèrent pas, néanmoins, comme clients potentiels du conseiller philosophique.

 

Philosophical Counseling in Search of Edification.

Ran Lahav

Abstract: Philosophical Practice is a contemporary movement that seeks to make philosophy relevant to everyday life. In this paper I discuss the basic principles of Philosophical Counseling, a major format of Philosophical Practice. I argue that philosophical counselors should aim at generating in their counselees edifying personal transformations, using the power of ideas. This vision is inspired by the many "transformational philosophies" that can be found throughout history.

Résumé: La philosophie pratique est un movement contemporain qui essaye de faire de la philosophie pertinente pour la vie quotidienne. Dans cet article, je discute des principes de base de counseling philosophique, un format majeur de la pratique philosophique. Je soutiens que les conseillers philosophiques devraient viser à générer dans leurs clinique counseling une transformation édifiante et personnelle édifiante, en utilisant la puissance des idées. Cette vision est inspirée par le courant historique de la philosophie de transformation.

 

The practical relevance of philosophy in dementia care

Julian C Hugues

Abstract: This paper discusses the relevance of philosophy in the clinical care of people with dementia. It is easy enough to point out the importance of ethics when thinking about dementia. But many ethical issues in connection with dementia quickly raise further questions about the nature of personhood. Having said something about ethics, therefore, I shall consider what it is to be a person. This will lead me to the importance of the human person perspective. In connection with these thoughts about personhood, I shall give a brief statement of an argument about normativity as an example of a more obviously philosophical topic in order to show its relevance to practice. The underlying stance here is one that reflects the externality of mind. This will lead me to the idea of dementia-in-the-world. What philosophy does is make us more aware of significances and meaning in practice.

Résumé: Cet article porte sur la pertinence de la philosophie en regard des soins cliniques apportés aux personnes démentes. Il est facile de montrer l’importance de l’éthique lorsqu’on parle de démence. Cependant, plusieurs enjeux éthiques concernant la démence aboutissent à un questionnement sur la nature même de la personne humaine. Après avoir discuté d’éthique, je m’attarderai sur ce qui constitue une personne. Ce qui m’amènera à souligner l’importance de la perspective de l’être humain. J’ajouterai à ces réflexions sur la nature de la personne humaine un bref commentaire sur la «norme» comme exemple d’un sujet philosophique plus facilement abordable dans le but d’en montrer la pertinence pratique, en partant du point de vue de l’extériorité de l’esprit. Ceci appuiera l’idée de la démence-dans-le-monde. Le rôle de la philosophie est de nous rendre plus conscient des significations et du sens dans la pratique.  

 

La philosophie pratique : « In » ou « Out » ? En marge de l'université - dans le « move » de la société ?

Laura Lange

Résumé: Cet article propose d'étudier le contexte social sous le signe duquel la philosophie pratique se met en place dans le monde contemporain et de saisir les dispositifs et les enjeux actuels qui conduisent cette discipline. Qu'est-ce que la philosophique pratique ? Nous la distinguons en deux disciplines, l'une que nous nommons « philosophie des pratiques » est un domaine de la philosophie théorique, et l'autre que nous nommons « philosophie en pratique » se réfère à une conception opératoire de la philosophie. Par la préposition « en » nous signifions la branche de la philosophie ayant pour objet aujourd'hui, ici et maintenant, les actions et les activités des hommes et de la société. Comment comprendre alors la philosophie en pratique relativement à son lien avec, d'un côté, la culture philosophique académique et, de l'autre, la culture sociale néolibérale au sein de laquelle elle s'exerce aujourd'hui dans les démocraties occidentales ? Est-elle en marge ou dans le « move » de l'université, de la société ? La philosophie en pratique est-elle le prolongement naturel de la philosophie ou au contraire le produit culturel de nos sociétés nouvelles ? Serait-ce alors une nouvelle figure qui la trahit ou au contraire qui l'applique ? La « success story » de la philosophie en pratique marquerait-elle la fin de la philosophie académique ou serait-elle au contraire une promesse d'avenir pour elle ?

 

Spiritus, Fundamentum, Credere. Spirituality and Philosophy of Spiritus in Hospitals and Dementia Health Care Centers.

Sébastien Falardeau

Résumé: Dans cet article, nous aborderons la question de la spiritualité contemporaine. Nous proposerons un retour à l'étymologie de spiritus pour fonder une clinique en soins spirituels. La notion de souffle sera la clef de voûte de notre article, elle s'articulera à deux autres notions importantes dans le champ des soins spirituels, le fundamentum et credere.

Abstract: In this article we will discuss the issue of contemporary spirituality. We propose a return to the etymology of spiritus to start a clinical spiritual care. The notion of breath will be the keystone of our article, which will be structured on two important concepts in the field of spiritual care, fundamentum, and credere.

 

Philosophy and the understanding of dementia

Eric Matthews

Abstract: The aim of this article is to explore the common view that dementia essentially involves a progressive loss of selfhood. This is a philosophical view, but it has practical implications for dementia care. A critical examination of it will therefore illustrate how philosophy can be relevant to practical issues in this field. I argue that the view rests ultimately on an over-intellectualised, and very questionable, conception of personhood, and I propose a better alternative.
Résumé:L'objectif de cet article est de questioner l'idée courante voulant que la démence implique une perte progressive du moi. Il s'agit d'un point de vue philosophique, mais qui a des implications pratiques concernant le soin des déments. Par un examen critique de ce courant de pensée, nous allons illustrer la pertinence de la philosophie en regard des champs de pratique dans le domaine de la démence. Je présenterai des arguments indiquant que cette vision de la démence repose ultimement sur une conception trop intellectuelle, et très questionable, de l'être humain et je proposerai une meilleure alternative.

 

Philosophy in the Prevention of Mental Illness

Peter B. Raabe Ph.D.

Abstract: This essay deals with the new concept of teaching philosophy to individuals in order to prevent the kind of emotional suffering and cognitive distress that can be clinically diagnosed as 'mental illness.' In the area of criminology, preventive measures have been shown to be much more cost-effective, for both the community and the offender, than any program of recovery after a crime has been committed. It therefore seems reasonable to imagine that a program of 'preventive philosophy' would be equally as beneficial to individuals and their communities in avoiding the many different hardships created by so-called mental illnesses.

Résumé: Cet essai aborde la nouvelle conception de enseignement de la philosophie aux individus afin d'éviter le genre de souffrance émotionnelle et la détresse cognitive qui peuvent être cliniquement diagnostiqué en terme de « maladie mental ». Dans le domaine de la criminologie, l'élaboration de mesures préventives démontre une grande efficacité, à la fois pour la collectivité et le délinquant, que n'importe quel programme de récupération après un crime commis. Il semble donc raisonnable d'imaginer qu'un programme de « philosophie préventive » serait tout aussi bénéfique pour les individus et leurs communautés. Un tel programme philosophique éviterait les nombreuses épreuves différentes créées par soi-disantes maladies mentales.

 

 

 

 

 

 

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